Une victime d’arrestation abusive.

                      Arrêté illégalement et torturé par la police il y a quelques mois, il raconte son cauchemar.Salomon Mbu n’a pas oublié le moindre détail de son interpellation et des tortures que lui ont infligées des policiers une nuit de décembre dernier au commissariat du 8è arrondissement de Douala. Des cicatrices laissées par des coups de matraque et des coups de pieds sont encore visibles sur son corps. «Il y a des situations qui peuvent vous amener à douter de votre humanité, et regretter votre appartenance à un pays comme le Cameroun», lâche-t-il à l’entame de la narration des faits qu’il a vécus celle nuit-là. «J’étais couché dans mon lit quand j’ai reçu la visite d’un cousin qui m’invitait à venir saluer sa belle-mère chez lui», raconte-t-il. Alors qu’il était sur le chemin du retour, à environ vingt mètres de son domicile situé au quartier dit «Non Glacé», il trouve assis devant une boutique, trois personnes en train de boire du vin rouge. L’un deux l’interpelle et lui propose un verre qu’il décline. A son arrivée, un débat sur le Cameroun animait le petit groupe.

                      Le boutiquier soutenait que M. Biya est un bon président de la République. Salomon s’immisce dans la discussion. A l’en croire, le boutiquier, qui n’aurait pas apprécié son intrusion dans le débat, a aussitôt quitté son comptoir pour venir le sommer de se faire identifier. «Je suis Guinéen», avait-il répondu, blagueur, avant de demander à son interlocuteur de décliner son identité à son tour.
Prenant cette réplique pour un affront, le boutiquier, qui était en réalité un policier en service au commissariat du 8è arrondissement de Douala, cravate son vis-à-vis et lui assène une paire de gifles. «Ne sachant pas qu’il était policier, j’ai aussi répliqué par une gifle qui l’a fait tomber, et le public s’est interposé pour nous séparer», se souvient Salomon Mbu. Mais le boutiquier va alors s’armer de son couteau pour attaquer et blesser son adversaire. «Je me suis bandé la main avec mon sous-vêtement et rentré chez moi après avoir tenté, en vain, d’appeler le 117 (numéro d’urgence de la police, Ndlr)», explique-t-il.

Tortures atroces

A deux heures du matin, un groupe de personnes tentent alors de forcer sa porte, lui intimant l’ordre de l’ouvrir. Il s’exécute, et une meute de policiers qu’accompagnait le boutiquier, leur collègue, se jettent sur lui. «Ils m’ont mis les menottes, tabassé à l’aide de matraques, piétiné avec leurs chaussures Rangers, donné des coups de poings et m’ont jeté dans une voiture pour m’amener à la police judiciaire». Au poste, on lui signifie qu’il est un braqueur.
                     Sous la menace du fouet, il fait sa déposition qui ne satisfait pas ses bourreaux. Aux environs de quatre heures et demie, toujours menottes aux poings, la victime est ramenée manu militari chez lui. Les policiers défoncent sa porte, marchent sur ses enfants qui dorment dans le salon, vont soulever son épouse dans la chambre et la somme de leur remettre le couteau que cache son mari. Tremblante et pleurant à chaudes larmes, tout comme ses enfants, la femme leur présente ses deux couteaux de cuisine. Ils en choisissent un, récupèrent le vêtement trempé de sang de Salomon, et l’emballe avec des vêtements couverts de boue ramené par le boutiquier pour constituer les preuves du braquage.

                   Une fois de plus ramené à la police judiciaire, il est fouetté jusqu’au petit matin avant d’être jeté dans la cellule. A sept heures, il est extrait de sa cellule et transporté au palais de justice pour présentation devant le procureur de la République. Pendant qu’il attendait de signer son mandat d’incarcération pour être conduit à la prison de Douala, il est appelé par un magistrat qui, sans lui poser la moindre question, lui demande de quitter cette cellule et de retourner chez lui. «Je croyais rêver!». Salomon Mbu s’est rendu le lendemain à l’hôpital Laquintinie où un médecin lui a prescrit des médicaments et un certificat d’incapacité de 35 jours. Il pense qu’un de ses oncles, procureur de la République, informé, a certainement volé à son secours en contactant son collègue magistrat. Combien de Camerounais ont cette chance? Ce cas n’est pas isolé.
                     D’après le rapport de la Commission nationale des droits de l’Homme et des libertés sur l’état des droits de l’Homme au Cameroun en 2009, «bon nombre d’officiers de police judiciaire violent allégrement les prescriptions en matière de garde à vue, et continuent comme par le passé à interpeller et à garder à vue des individus sans motifs». Certaines victimes, au lieu de se résigner, portent

plainte et finissent par avoir gain de cause (Si vous avez des parapluies et les godasses). En octobre 2009, le gendarme Olinga Ondoua avait été condamné à 10 ans d’emprisonnement ferme par le tribunal militaire de Yaoundé pour «abus de fonction, arrestation et séquestration arbitraires». Un message à ceux qui, comme les bourreaux de Salomon Mbu, comptent sur l’impunité, Ils doivent savoir que: « Quoique l’homme sème, il récoltera ».

(Source:Le Quotidien MUTATIONS:vendredi, 03 Juin 2011)

 

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